INVITE DE MICHEL FIELD SUR EUROPE 1 LE 14 AVRIL 2011
Un débat sur l'avenir de la droite avec Jérôme Fourquet de l'IFOP, Dominique Reynié de la Fondapol, Dominique Paillé (ex UMP, centriste), Jean-Marie Cavada.

la_guerre_des_droites_est_elle_decla.mp3 La guerre des droites est-elle décla.mp3  (46.75 Mo)


Rédigé par Gaël BRUSTIER le Samedi 28 Mai 2011 à 22:06 | Permalien | Commentaires (0)
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INTERVIEW SUR CAUSEUR.FR
Gaël Brustier, docteur en science politique, co-auteur du remarqué Recherche le Peuple désespérément, membre du Parti Socialiste, vient de publier avec Jean-Philippe Huelin Voyage au bout de la droite (Mille et Une nuits). C’est en militant politique, intellectuel et néanmoins ami qu’il a répondu à mes questions.


Daoud Boughezala : À vous lire, Jean-Philippe Huelin et toi, les slogans libertaires de mai 1968 appuieraient un nouvel occidentalisme fondé sur les valeurs marchandes…
Gaël Brustier : Ce que nous appelons « droitisation » n’est ni unilinéaire ni uniforme. Tu fais référence, en l’occurrence, à ce que nous définissons comme l’hédonisme sécuritaire, qu’on ne peut pas expressément traiter sous l’angle de l’histoire des idées. En expliquant que les enfants des soixante-huitards veulent, comme leurs parents, jouir sans entrave mais sous la protection d’un arsenal sécuritaire renforcé, nous pointons autant une évolution sociologique qu’une évolution correspondante des droites extrêmes européennes. C’est vrai et évident aux Pays-Bas avec Wilders. Cela peut devenir vrai dans d’autres pays, en particulier en France. Il est vrai que la France n’est pas encore touchée massivement par ce phénomène que nous entrevoyons à l’horizon d’une ou deux décennies…

DB : Pour prendre l’exemple français, Marine Le Pen surfe allègrement sur les « paniques morales » que tu évoques. N’est-ce pas là aussi une conséquence de la désertion du réel par une gauche muette sur la sécurité et l’immigration ?

GB : Marine Le Pen surfe sur beaucoup d’interrogations de notre société. Son actuelle percée est d’abord le fruit de sa capacité à se saisir d’une détresse sociale face à la mondialisation, aux délocalisations, au poids que la mondialisation fait porter à la société française. Mais les questions « morales » ne sont pas indifférentes à la droitisation actuelle. Nous reprenons en partie les analyses de Stanley Cohen pour expliquer qu’un ensemble de « paniques morales » parcourent la société. Elles ont un degré de sophistication différent mais se rapportent souvent à la question de l’Islam, devenue obsessionnelle dans une partie des élites notamment. C’est ce phénomène que tente de capter Marine Le Pen qui parle un langage démagogique mais habile. Les « paniques morales » existent : il faut savoir y répondre.

Ce qui est regrettable c’est de voir la gauche, ou une certaine gauche, éprouver, par exemple, une certaine mansuétude à l’égard du groupe Sexion d’Assaut qui tient des propos manifestement homophobes. Les mêmes sont plus durs avec Marine Le Pen lorsqu’elle prétend défendre les gays. C’est, à notre sens, une erreur stratégique qui peut, à terme, se payer durement dans les urnes, en particulier dans les grandes villes. En matière de stratégie électorale, il ne faut pas « flatter sa conscience avec son indignation » comme aurait dit Pasolini. Il faut d’abord être efficace politiquement.

DB : D’accord, mais vous parlez de paniques « morales ». Comment lutter politiquement ?

GB : Lutter contre les panique morales c’est à la fois bannir l’angélisme et le différentialisme et refuser le discours islamophobe et occidentaliste qui se pare des habits de la laïcité… Penser que la France est en voie d’islamisation relève du délire le plus achevé mais il ne faut pas, dans le même temps, refuser de voir qu’il existe des problèmes liés à des phénomènes para-sectaires qui posent des problèmes à beaucoup de nos concitoyens… Et qu’on cesse enfin de feindre d’assigner à « résidence culturelle » certains de nos concitoyens en les intégrant automatiquement à une catégorie religieuse…

DB : Penses-tu que la gauche peut sortir de l’angélisme pour reconquérir des classes populaires en quête de valeurs morales?
GB: Je pense que la gauche pèche par buonisme et aime avant tout flatter sa conscience en s’indignant. Il faut à la gauche le courage de regarder en face la société française. Elle doit analyser la géographie sociale du pays et la capacité de la droite à se fondre dans celle-ci en définissant un imaginaire collectif compatible avec elle. Nous avions analysé cette géographie sociale dans Recherche le peuple désespérément. Aujourd’hui nous nous attachons à décrire la droitisation dans Voyage au bout de la droite. Les hésitations stratégiques de Messieurs Buisson et Guaino, la difficile articulation de la visite au Puy-en-Velay et de la défense de la laïcité, l’impossibilité évidente, pour la droite, de faire campagne sur le mérite et le pouvoir d’achat, laissent l’élection présidentielle très ouverte.

DB : Donc, l’effondrement actuel de la popularité de Nicolas Sarkozy ne garantit pas la victoire de la gauche en 2012 ?
GB : Certainement pas ! La gauche a donc tort de se reposer sur ses lauriers. On ne répondra pas à la droitisation en criant « à gauche, à gauche, à gauche ! ». Et pas plus en transformant l’adversaire en diable. Il s’agit de définir à la fois un projet pour le pays en rapport avec la mondialisation et un imaginaire collectif qui lui corresponde. Pour les droites, l’explication du monde est simple, « du coin de la rue à Kaboul ». Pour la gauche, quelle est-elle ?

Causeur.fr, publié le 21 mars 2011

Rédigé par Gaël BRUSTIER le Dimanche 10 Avril 2011 à 17:52 | Permalien | Commentaires (0)
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INTERVIEW SUR LE SITE FRANCE2.FR LE 21 MARS
Pourquoi le FN fait-il une telle percée -15% des voix- au 1er tour des cantonales ? Comment le contrer ? Pour Gaël Brustier, co-auteur de "Voyage au bout de la droite" paru ce mois-ci, il est "vain" de diaboliser le Front national. Il s'agit désormais pour la gauche de "rompre avec la prolophobie" et de proposer un nouvel "imaginaire collectif" qui sache concurrencer celui, dominant, d'une droite de plus en plus à droite. Interview de ce docteur en sciences politiques, qui se dit proche du député socialiste Arnaud Montebourg.

Que pensez-vous du succès du Front national aux cantonales de dimanche, avec 15% des voix ?Marine Le Pen, qui apparaît débarrassée des fantômes de l'OAS et de la collaboration, est la dépositaire d'une marque et l'héritière d'un nom incarnant le vote protestataire.

Elle est désormais le porte-voix de ceux qui votent contre les élites. Car le vote FN est fortement motivé par la peur de ne pas exister. A partir du moment où vous êtes disqualifiés, où votre voix n'est pas entendue, vous cherchez un moyen d’expression. Marine Le Pen est la seule à représenter les illégitimes sociaux.

Mais la vraie question est de savoir pourquoi il y a dans les sociétés occidentales un imaginaire droitier qui se développe. Cet imaginaire a bénéficié à Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle de 2007. Et au Front National lors du premier tour des cantonales ce dimanche.

Sur quoi se fonde cet "imaginaire droitier" ?Sur la peur du déclassement de l'Occident. Ce thème du déclin de l'Occident, qui est un thème de droite, touche toutes les classes sociales, y compris les élites.

Pourquoi blâmer un ouvrier qui vote Marine Le Pen pour obtenir une meilleure protection économique, et approuver un discours des élites, parfois de gauche, qui fait du contre-terrorisme l’alpha et l’oméga de la politique étrangère, alors que nous sommes davantage menacés par l'expansion de l'Inde ou de la Chine que par le monde musulman ?

Vous imputez à la droite chiraquienne des responsabilités dans la montée du FN ?
Oui, parce que c'est Jacques Chirac qui a dissous la droite gaulliste traditionnelle, autoritaire et égalitaire. Dissolution qui s’est produite dans la deuxième moitié des années 80, quand Jacques Chirac dirigeait le RPR et qu'Edouard Balladur a forgé une nouvelle ligne idéologique néo-libérale, inspirée des politiques de Ronald Reagan ou Margaret Thatcher. Ce tournant libéral date d'avant Nicolas Sarkozy.

Une évolution à la GianFranco Fini (aujourd'hui président de la Chambre des députés en Italie, hier d'extrême-droite) est-elle envisageable, avec une "normalisation" de Marine Le Pen et du Front national ?Gianfranco Fini vient du MSI (Mouvement Social Italien) post-fasciste, il croit en l’Etat. Il s'est recentré parce qu'il était opposé à la Ligue du Nord. Celle-ci rassemble à la fois les néo-libéraux, sur le moins d'Etat, et les ouvriers, sur des thématiques racistes.

Marine Le Pen, elle, représente ces deux extrêmes-droites : elle joue à la fois sur un volontarisme à la Fini et sur un différentialisme à la Bossi – le syndrome de Lampedusa.

Son recentrage n’est pas pour demain, même si elle a choisi d'adopter pour cette campagne une rhétorique -je dis bien une rhétorique - purement égalitaire.

Vous croyez à une convergence UMP-FN ?La fusion des électorats a eu lieu. Il y a un électoral volatil qui était passé en 2007 du FN à l'UMP, et qui est repassé au FN. Même si l’électorat de Marine Le Pen est plus jeune, plus masculin, plus ouvrier que celui de l’UMP.

Quelle peut être la réponse de la gauche à cet imaginaire de plus en plus droitier?Il faut proposer un imaginaire collectif concurrent à celui de la droite. Il y a une détresse à laquelle des réponses purement sociales ou économiques ne suffisent pas.

La question, c’est celle de la nation civique. Qu’est ce qui fait lien entre les citoyens ? Il faut aussi s’intéresser à ce que j’appelle "les paniques morales" : en France, la surreprésentation des questions liées à l’islam, à l’immigration, tout ce qui fait l’objet de débats sans fin.

La gauche devrait les prendre en compte, délaisser la vision déformée du pays. Il faut rompre avec la "prolophobie", arrêter de traiter tout le monde en Dupont-Lajoie ou Lacombe Lucien, éviter de sortir le mot populisme à tout bout de champ. S’adresser à la majorité sociale de ce pays, aux ouvriers et employés mis en danger par la concurrence internationale et la précarité.

Il faut rompre avec le "boboïsme" des centre-villes ?Oui. Il faut réhabiliter les mondes ouvriers et ruraux, défendre les tissus industriels, instaurer le "bouclier rural". Prendre en compte les zones péri-urbaines, derniers refuges d’une classe ouvrière qui a été expulsée des centre-ville et n’est plus encadrée, comme elle l’était autrefois, par le PC ou la CGT. S'intéresser aussi à l’Est de la France, où les mondes ouvriers ont été purement et simplement abandonnés.

Faut-il diaboliser le Front national ?
La diabolisation est inefficace. Ca ne marche pas et ça ne sert à rien.

Par Anne BRIGAUDEAU

Rédigé par Gaël BRUSTIER le Dimanche 10 Avril 2011 à 17:49 | Permalien | Commentaires (0)
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Rédigé par Gaël BRUSTIER le Dimanche 10 Avril 2011 à 17:48 | Permalien | Commentaires (0)
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Rédigé par Gaël BRUSTIER le Dimanche 10 Avril 2011 à 17:46 | Permalien | Commentaires (0)
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Rédigé par Gaël BRUSTIER le Dimanche 10 Avril 2011 à 17:45 | Permalien | Commentaires (0)
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INTERVIEW DANS LA MARSEILLAISE DU 4 AVRIL 2011
Docteur en science politique et co-auteur avec Jean-Philippe Huelin de “Voyage au bout de la droite”, Gaël Brustier analyse le processus de radicalisation de la droite.

Quel a été le point de départ de ce voyage au bout de la droite ?Dans “Recherche le peuple désespérément” sorti en 2009, nous avions avec Jean-Philippe Huelin décrit les mutations de la géographie sociale du pays en lien avec la modernisation néolibérale. Cependant, mettre en lumière cette réalité devait avoir une contrepartie. Il fallait éclairer les représentations collectives qui lui sont propres.
Et puis, nous avons observé que partout en Europe, les droites ont gagné. Elles sont en situation au minimum de domination culturelle sinon d’hégémonie. Cela ne veut pas dire que les gauches ne peuvent pas gagner de temps en temps, sur un malentendu ou par lassitude de la droite. Le Blairisme a été une expérience dite de gauche, mais sous la domination culturelle thatchérienne. Le SPD en Allemagne a longtemps été en grande coalition et dépendant de l’agenda néolibéral. Le plus préoccupant est que l’alternance se réalise dans un certain nombre de pays entre partis de droite. Nous avons fait le constat que nos sociétés ont pour trait commun d’être soumises à une peur de déclassement de l’Occident, du déclin de leur pays, et que cela motivait une contestation. Une contestation qui ne se fait pas par la gauche mais par la droite.

De quelle manière se manifeste-t-elle ?Par le Tea Party aux Etats-Unis, le FN de Marine Le Pen en France, la Ligue du Nord en Italie avec évidemment une sophistication différente dans le discours…

Vous écrivez que l’action de Jacques Chirac a été le terreau de cette droitisation en France. Comment ?Dès le début des années 80, le pari de Jacques Chirac a été de faire muter le RPR vers un modèle reaganien. Le RPR est devenu un parti très néolibéral et agressif. Mais surtout il a renoncé à son projet national. Ce qui faisait son originalité, c’était d’être à la fois “le parti du métro aux heures de pointe” comme disait Malraux et le parti de l’indépendance nationale et d’une certaine mystique nationale mais républicaine héritée de la résistance. Jacques Chirac a cassé l’identité du RPR et l’a droitisé avec Alain Juppé, Edouard Balladur et d’autres membres du Club de l'Horloge. Ils ont créé un système commun entre l'UDF, le RPR et le FN. Les rédacteurs des projets économiques des trois partis sont alors Gérard Longuet, Yvon Blot et Bruno Mégret. En suivant ce chemin, il était certain d’atteindre les rives de la droite extrême. Et si Jacques Chirac a résisté, c’est parce qu’il a toujours refusé l’alliance avec le Front national.
Ce rappel est surprenant d’autant que l’on a plutôt tendance à faire référence à Nicolas Sarkozy…
En vérité, Nicolas Sarkozy n’est pas arrivé sur du néant. Il est plus le produit de ce qu’est devenue la France que l’initiateur de ce qu’elle est aujourd’hui. Son élection est une conséquence. Il faut relativiser le pouvoir de l’homme, mais pas ce qu’il symbolise. S’il est le fils politique de Jacques Chirac, il n’est pourtant pas l’alpha et l’oméga de cette droitisation. Alors il est vrai que le personnage fascine. Mais il convient de le replacer non pas dans son image médiatique mais dans la relativisation de ses actions sur le moyen terme.
Selon vous, l’expérience française est la plus emblématique. Pour quelles raisons?
On est arrivé à un tel degré préoccupant de pragmatisme de la droite, à un cynisme assez sidérant, à une légitimation complète des thèses obsessionnelles du FN, à un délaissement des vieilles traditions dans l’appareil et dans le discours politique de la droite… Aujourd’hui, la démocratie chrétienne est totalement absente, le gaullisme a été dissout et le libéralisme républicain bon enfant a du mal à se faire entendre. Ceux qui s’agitent au sein de l’UMP actuellement sont les réformateurs comme Hervé Novelli et Gérard Longuet, d’anciens cadres de l’extrême droite passés à l’UDF puis à l’UMP et les députés de la droite populaire. Ce sont les deux seules expressions car on ne perçoit pas la force du message des centristes. Les vieilles droites antérieures ont été liquidées. Symboliquement la mort du Gaullisme correspond physiquement à la mort de Philippe Seguin.

Comment expliquer que cette fusion de toutes les droites très complexe fonctionne ?D’une part parce qu’un imaginaire collectif s’est dégagé et d’autre part, par le fait que tout le débat politique a été ramené à droite. Dans le contexte actuel, quel que soit le sujet, vous trouvez une réponse à droite. La droitisation, n’est pas la constitution d’une idéologie unique mais la constitution de plusieurs expressions politiques.

Est-ce qu’au fond, ce n’est pas la société française qui s’est droitisée ?En France, avec la casse de l’appareil industriel, alors que vous avez autant d’ouvriers mais qui sont livrés au chômage et notamment dans les territoires ruraux, le phénomène de déclassement, la crise de l’école, le fait que 76% des Français pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux, l’imaginaire collectif a évolué. Et la gauche n’apporte pas de réponse. Au contraire des droites dont la force est d’expliquer le monde en trois phrases du coin de la rue à Kaboul.

Alors justement, vous pointez la responsabilité de la gauche…Elle est immense et à plusieurs titres. Tout d’abord par le personnel qu’elle a fourni à la droitisation. Il faut quand même rappeler que Bernard Kouchner n’est que le bout du chemin. Aux Etats-Unis, Ronald Reagan n’aurait rien été s’il n'avait pas eu un personnel issu de la gauche qui l’a puissamment aidé à mettre en scène sa politique extérieure. En Italie, Silvio Berlusconi a été l’enfant chéri du parti socialiste dans les années 80.

En France, la gauche peut-elle reconstruire une alternative?Je pense que beaucoup de gens y sont prêts mais que les appareils ne le sont pas. Parce qu’ils fonctionnent sur une allégeance économique et sociale au dogme du libre échange et de la globalisation qu’il ne faut pas remettre en cause. Et la tendance permanente au multiculturalisme et au différencialisme de la gauche l’empêche de voir ce qui fait l’identité des Français par delà leur origine. Ainsi, on traite mal les sujets sociétaux comme la question de la participation égalitaire de tous les citoyens ou de la laïcité. On laisse le champ libre au n’importe quoi droitier parce qu’on n’a pas de discours clair à l’exception d’une dénonciation morale. La gauche passe beaucoup de temps à flatter sa bonne conscience avec son indignation.

Les passes d’armes au sein de la majorité ne laissent-elles pas apparaître des fissures au sein de cette nouvelle droite ?Il peut y avoir une crise de croissance peut-être. Mais je ne crois pas à la force de nuisances de François Fillon ou d’autres d’ailleurs. La rébellion de certains me semble ahurissante. Je ne vois pas ce qui a fondamentalement changé depuis la création du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale dans la politique de Nicolas Sarkozy. Cela devient brouillon parce qu’il y a des débats sur n’importe quoi… Mais surtout cela banalise les traits les plus inacceptables du FN. L’utilisation de ses thématiques légitime toutes les pulsions identitaires.

A un an de la présidentielle, quel regard jetez-vous sur cette échéance ?Que la gauche puisse gagner ? Je le pense. Est-ce qu’elle va gagner ? Je n’en sais rien. De plus, en misant sur tous les défauts de Sarkozy, son impopularité, la gauche fait abstraction de plusieurs risques. Le premier est de se retrouver éliminée du premier tour. Le deuxième est la capacité de Sarkozy à gagner au 2e tour. Et enfin, que fait-elle si elle remporte la victoire en 2012 ? Comment pense-t-elle gouverner sans domination culturelle? En 2006, Romano Prodi a gagné contre Silvio Berlusconi. Il est resté dix huit mois au pouvoir avant d’être balayé. Aujourd'hui, la gauche n’existe plus en Italie. Ce sont des réalités à méditer.

La Marseillaise, 4 avril 2011

Entretien réalisé par Sandrine Guidon

Rédigé par Gaël BRUSTIER le Dimanche 10 Avril 2011 à 17:44 | Permalien | Commentaires (0)
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Verbatim


Roselyne FEBVRE.- Tout de suite, on passe à la chronique de Soumaya Benaïssa. On revient sur le thème de la droite puisque vous nous proposez un livre intéressant « Voyage au bout de la droite » de Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin. Vous avez adoré, pourquoi ?

Soumaya BENAISSA.- Tout simplement car les questions posées dans ce livre, allant dans le sens des questions que vous posiez à M. Chevènement, au lendemain de cette séquence cantonale, les deux principales « comment se fait-il que la gauche ne tire pas profit du discrédit frappant le gouvernement, le Président de la République, de cette crise économique et sociale ? C’est même plutôt, comme vous l’avez souligné, qui en tire bénéfice. Que se passe-t-il à droite ? Elle est déboussolée, le Front National pèse-t-il sur la droite ?
Finalement, on pourrait peut-être résumer l’ensemble des réponses qu’ils proposent en un mot, celui de « droitisation ».

Roselyne FEBVRE.- Qu’est-ce que la droitisation ?

Soumaya BENAISSA.- Pour eux, c’est un mot-clé, un concept faisant référence au fait que la droitisation est un processus qui travaille les sociétés européennes depuis une trentaine d’années, une quarantaine d’années. On peut le faire débuter avec Thatcher en Europe et Reagan aux Etats-Unis. Cela aboutit au fait qu’aujourd’hui, depuis une dizaine d’années, toutes les questions et les débats politiques sont polarisés sur la droite avec les extrêmes droites apparaissant en Europe : Geert Wilders, les droites New-look en Autriche, en Hongrie, un peu partout en Europe. Le tour de force de la droite de ces trente et des dix dernières années, c’est d’avoir concilié deux thématiques complètement contradictoires qui sont la contestation et la conservation. Marine Le Pen représente bien cela.
Peut-être que face aux nouvelles peurs que sont la mondialisation, crise de l’état nation dont vous parlez souvent dans l’intégration européenne, islamisme, immigration, qui sont des peurs globales, les Français veulent un peu de local. Le conservatisme est donc très approprié. Marine Le Pen fait donc basculer la contestation à droite.

Roselyne FEBVRE.- Pourquoi la contestation a-t-elle basculé à droite ?

Soumaya BENAISSA.- Vous allez sourire, mais c’est finalement la gauche d’une certaine manière. C’est une thèse que vous avez d’ailleurs récemment discutée. Les intellectuels de gauche ont favorisé la droitisation de la vie politique.

Jean-Pierre CHEVENEMENT.- Et les responsables politiques du parti socialiste en faisant une politique qui n’est plus une politique de gauche.

Roselyne FEBVRE.- Etes-vous d’accord avec ça ?

Soumaya BENAISSA.- Bien sûr.

Jean-Pierre CHEVENEMENT.- Le tournant libéral, 1983…

Roselyne FEBVRE.- Et l’émergence du Front National à l’époque.

Jean-Pierre CHEVENEMENT.- Exactement. Cela correspond tout à fait. Je conseille la lecture du livre de Gaël Brustier et de Jean-Philippe Huelin. C’est un excellent livre.

Roselyne FEBVRE.- Vous l’avez donc lu ?

Jean-Pierre CHEVENEMENT.- Oui, je l’ai lu. C’est un excellent livre. Ils ont été jadis dans ma mouvance. Ils sont maintenant au parti socialiste. Je leur souhaite beaucoup de succès.

Soumaya BENAISSA.- Vous ne contestez donc pas cette idée que les intellectuels de gauche ont pu participer, en critiquant la gauche totalitaire anticommuniste, à cette droitisation idéologique sur le modèle des néo conservateurs américains ?

Jean-Pierre CHEVENEMENT.- Ils ont apporté leur pierre à cette évolution catastrophique.

Rédigé par Gaël BRUSTIER le Dimanche 10 Avril 2011 à 17:34 | Permalien | Commentaires (0)
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