LE JSL DU 9 MARS : DEDICACE A GUEUGNON

Rédigé par Gaël BRUSTIER le Jeudi 25 Mars 2010 à 10:28 | Permalien | Commentaires (0)
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Le scrutin de dimanche est une nouvelle preuve d’un phénomène qui frappe la gauche. Son électorat est devenu extrêmement volatil. Il passe d’une chapelle à l’autre au fil des scrutins. La prime revenant aux électeurs écologistes.


SUR MARIANNE2.FR : L'IRRESISTIBLE LEGERETE DE L'ELECTEUR DE GAUCHE

Comment le Parti socialiste est-il passé de 16,48% des suffrages aux européennes (jouant même des coudes avec Europe écologie) à 29,14% des voix (1) lors de ce premier tour des régionales ? Comment a-t-il pu attirer 5,8 millions de votants dimanche dernier avec en toile de fond une abstention record, quand ils n’étaient que 2,8 millions en juin 2009 ? Vote sanction à l’égard du gouvernement ? Vote utile bénéficiant au PS ? Démobilisation de l’électorat de droite ? Rémission du Parti socialiste sous la férule d’Aubry ? Prime aux sortants ? Il existe en vérité une multitude de raisons qu’éditorialistes et responsables politiques se sont empressés d’avancer. En voici une autre : peut-être que le PS — et plus généralement la gauche dans son acceptation la plus large — doit-il faire face à un phénomène moins visible, celui d’un électorat devenu volatil, un électorat SCF, Sans Chapelle Fixe.




Lire Badiou et voter Bayrou !
Pour Gaël Brustier, docteur en sciences politiques et auteur avec Jean-Philippe Huelin du livre Recherche le peuple désespérément (2), cet électorat de gauche qui ne sait plus vraiment où il habite (politiquement parlant, on s’entend) existe bel et bien : « Certains électeurs peuvent passer de François Bayrou à Ségolène Royal entre le premier et le second tour de la présidentielle puis à Europe écologie aux européennes et, aux régionales, finir au PS de Martine Aubry. Cet électeur-là est capable de lire Alain Badiou et, dans le même temps, de voter Bayrou ! » Cet « électeur-là » au tempérament plus qu’indécis, donnant le sentiment de choisir ses bulletins de vote comme des programmes télé, ne vit pas n’importe où selon Brustier : « L’ouvrier du Creusot qui votait à gauche pour un parti continuera à voter pour ce parti. L’électorat des villes-centres, lui, est d’une volatilité totale. Pour ses habitants, PS, Europe écologie, MoDem constitue un vote interchangeable. Cet électorat, qu’on pourrait appeler « bobo » pour caricaturer, est un électorat très infidèle. C’est une espèce de touche-à-tout. » Seule constante que cet électeur retrouvera finalement d’une chapelle à l’autre : l’opposition à Sarkozy. « Aujourd’hui, explique Brustier, ces électeurs font de l’antisarkozysme comme certains, par le passé, ont fait de l’antilepénisme. C’est une posture consensuelle, qui en appelle à la morale. »


Les années 1990, le tournant
Pour Daniel Boy, directeur de recherche au Cevipof, spécialiste notamment de la sociologie électorale et de l’écologie politique, cette inconstance propre au vote « bobo » « n’est pas impossible » : « Si l’on compare les résultats des municipales et des européennes, dans des arrondissements parisiens comme le 11e et le 18e, des arrondissements où les intellectuels peu fortunés peuvent encore se loger, c’est même relativement fondé. » Mais pour lui, le principe des « vases communicants » n'est pas nouveau. Il en veut pour preuve les régionales de… 1992 : « Le Parti socialiste était alors empêtré dans les affaires, notamment avec les lois d’amnistie. Il avait pris une claque et les écolos avaient fini très haut. » Selon Daniel Boy, les « années 1990 » marquent un tournant pour la gauche : « Les électeurs ont fait l’expérience de l’incapacité des politiques de nous sortir de la crise. Il en résulte la naissance d’un sentiment fort de déception. Cette déception favorise la bascule d’un scrutin à l’autre, la tentation de faire sortir les sortants. »



Europe écologie attire mais ne retient pas
La volatilité des électeurs écologistes est d’ailleurs sans doute la plus forte à gauche. C’est un fait. Même si tous les responsables d’Europe écologie s’échinent depuis dimanche à présenter leur formation politique comme une force désormais durablement installée dans le paysage. Ce sentiment était déjà palpable lors des élections européennes. La Fondation pour l’innovation politique avait par exemple noté qu’en juin dernier « 61% [de ses électeurs s’étaient] décidés dans la dernière semaine (contre 45% pour l’ensemble de l’électorat) ». S’ajoute à cela une sociologie très proche de celle décrite par Gaël Brustier : « 32% des cadres et des professions intellectuelles ont choisi des listes d’Europe Écologie, 24% des professions intermédiaires, 23% de ceux qui ont un diplôme de l’enseignement supérieur. » Daniel Boy note même dans l’édition 2010 de L’état de l’opinion (3) que « le pourcentage de personnes ayant suivi des études supérieures est à peu près identique » à EE (61%) et au MoDem (62%) contre « 47% des électeurs socialistes ». Géographiquement aussi, raison est donnée à Gaël Brustier : « Les départements dans lesquels les écologistes réalisent leurs meilleurs scores sont d’abord ceux de la région parisienne (Paris, 27,5% ; Hauts-de-Seine, 20,7%) ».

Une récente étude menée par OpinionWay pour Le Nouvel observateur vient confirmer cette idée de l’électeur écologiste véritablement Sans Chapelle Fixe : seuls deux électeurs sur cinq d’Europe éco aux européennes (42%) ont en effet récidivé aux régionales ! 25% ont finalement glissé un bulletin estampillé PS tandis que 20% ont préféré rester chez eux ou voter blanc. Il faut ajouter à ces électrons très libres, quelques transgresseurs : 5% ont franchi le Rubicon et opté pour une liste de droite.



Enfin, dernière statistique relevée par Le Nouvel observateur : près d’un tiers (28%) des bulletins EE déposés dimanche dans les urnes l’ont été par des abstentionnistes aux européennes. Pour Denis Pingaud d’OpinionWay, cela « prouve qu’Europe Ecologie devient une marque d'attraction forte ». Certes EE attire, mais a tout de même bien du mal à retenir…





Daniel Boy voit dans ce phénomène de « passerelles » entre EE et PS « une certaine cohérence » : « Aux élections européennes, certains électeurs ont eu des préoccupations environnementales et ont voté Europe écologie. Pour les régionales, ils ont eu des préoccupations sociales, ils ont voté socialiste. » Mais il précise que la volatilité de l’électeur écologiste ne date pas de la création d’Europe éco. Elle est presque historique : « Le taux de reproduction du vote écologiste, explique-t-il, est moins important que pour les partis très implantés comme peuvent l’être le PS ou le FN ».


Electeurs voyageurs car programmes indifférenciés ?
Reste à savoir s’il est possible pour les formations de gauche, à commencer par le PS, de fixer cet électorat. Daniel Boy n’y croit pas. Pourquoi les électeurs cesseraient de changer de crémerie quand les partis politiques, eux-mêmes, n’hésitent pas à aller piocher certaines thématiques (voire certains candidats) au-delà de leur périmètre traditionnel : « Les politiques babillent beaucoup. Il n’y qu’à voir l’opération “développement durable” menée par la droite ! » En clair, pourquoi les électeurs poseraient leurs valises dans une chapelle plutôt qu’une autre puisque toutes se ressemblent de plus en plus… Gaël Brustier n’y croit pas non plus. Le PS, selon lui, n’y a de toute façon aucun intérêt : « L’enjeu pour le PS n’est pas de fixer ce vote “bobo”. L’enjeu pour lui est de reconquérir le vote populaire. Mais pour cela il lui faudra faire des efforts intellectuels » et notamment « adopter une position claire et nette par rapport au libre-échange ».





Le PS est-il prêt à consentir à de tels « efforts » ? Ses responsables auront peut-être en tête que cette volatilité peut avoir un avantage majeur : permettre d’importants reports de voix au second tour comme le montre l’étude Ifop pour Profession politique réalisée pour le scrutin de dimanche prochain. Des réserves de voix qui font tant défaut à Nicolas Sarkozy depuis qu’il a eu cette judicieuse idée d’incorporer Chasseurs et troupes de Philippe de Villiers au sein de l’UMP…





(1) Selon les chiffres du Monde très différents de ceux du ministère de l’Intérieur…
(2) Recherche le peuple désespérément, Bourin éditeur, octobre 2009.
(3) L’état de l’opinion, TNS-Sofres aux éditions du Seuil, mars 2010.

Rédigé par Gaël BRUSTIER le Mercredi 24 Mars 2010 à 20:41 | Permalien | Commentaires (0)
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Paru dans L'Humanité du 19 mars 2010

Comment la gauche peut-elle reconquérir le vote des classes populaires  ?


GLOBALISATION FINANCIERE ET LIBRE-ECHANGE : L'AGGIORNAMENTO ATTENDU
Ap rès ces élections régionales, le grand impensé de la gauche française demeure la nouvelle géographie sociale du pays. Les chiffres parlent et les faits sont têtus. La gauche n’a pas reconquis les classes populaires. 53,65 % des Français se sont détournés des urnes dimanche dernier. 20,2 millions de Français seulement se sont donc déplacés et, parmi eux, 750 000 ont voté blanc ou nul. Seulement 44,63 % des Français ont donc émis un choix positif pour un parti ou un autre. Rappelons seulement qu’il y avait 36,7 millions d’électeurs au premier tour de la présidentielle de 2007… Pour la République, la volatilisation de 16,5 millions d’électeurs est un fait grave. Pour la gauche, la situation est extrêmement préoccupante. De victoires en trompe-l’œil en myopie historique, c’est la capacité des forces de gauche à peser durablement qui est posée. Au-delà des légitimes stratégies adoptées par chacune des familles de la gauche française, au-delà de la non moins légitime satisfaction du bon résultat relatif des uns et des autres, il importe de poser quelques questions fondamentales.

La gauche n’a donc pas reconquis les classes populaires. Si l’on tient compte de l’abstention, les forces de gauche ne progressent nullement, en particulier dans la France périphérique et majoritaire. La droite, en revanche, payant les conséquences d’une campagne confinant à l’incompréhensible, a été délaissée par ces mêmes classes populaires qui s’étaient tournées vers Nicolas Sarkozy en 2007. Les marges de l’aire urbaine parisienne sont ainsi marquées par un net reflux de la participation civique, bien supérieur au recul enregistré dans les villes centres. Une fois de plus, la France périphérique, majoritaire, celle des classes populaires, des ouvriers et des employés, s’est massivement détournée du vote.

Les scores des partis de gauche sont très forts là où les classes populaires sont largement absentes  : 67,1 % des électeurs du 3e arrondissement de Paris se sont prononcés pour les listes de gauche et d’extrême gauche. Europe Écologie demeure le parti de catégories sociales minoritaires concentrées, pour l’essentiel, dans les métropoles. Quant au vote Modem, PS, écologiste, il est, dans les métropoles également, victimes d’un effet de va-et-vient et de vases communicants permanent, de la présidentielle aux régionales en passant par les européennes. Le phénomène est évident à Paris. Pis, sur l’ensemble de la France, on constate un jeu à somme nulle en termes de nombre de voix portées sur la gauche dans sa grande diversité (PS et Europe Écologie d’une part, Front de gauche et NPA d’autre part). On n’assiste nullement à un effondrement de l’UMP par rapport à 2004 mais en revanche à celui du nombre des voix accordées au centre droit (de l’UDF au Modem, les pertes se chiffrent en millions). L’hypothèse à retenir semble être celle d’une crise interne à la droite française. La vieille droite française ne veut pas mourir, la nouvelle droite ne parvient pas à naître. Nicolas Sarkozy est-il en passe, de ce point de vue, de perdre le pari de sa révolution conservatrice  ? A-t-il lu, lui qui disait s’en inspirer, Gramsci jusqu’au bout  ? Comme son élection en 2007, la crise de la droite se lit dans la géographie sociale de notre pays, une géographie encore hélas largement ignorée par les quelques intellectuels de système qui font l’opinion d’une social-démocratie en panne de carburant idéologique.

Face à cette géographie sociale française qui oppose des villes centres connectées à la mondialisation néolibérale et des zones périphériques qui en pâtissent fortement, les forces de gauche, dans leur diversité, semblent avoir curieusement adopté un unique mot d’ordre  : « Ne pas désespérer la rue Montorgueil  ! » De fait, elles ne parviennent pas à reconquérir les suffrages de cette France majoritaire et périphérique, de la France des usines qui ferment et dont les habitants craignent chaque semaine une délocalisation ou un plan social. L’abstention revêt de la part de ces électeurs une dimension d’insoumission civique manifeste. Il y a pourtant, en France, de la part des classes populaires une aspiration à voir renaître un vrai projet politique pour leur pays…

La difficulté à délivrer une vision du monde cohérente et porteuse d’espoir dans des élections régionales est réelle. Bien souvent, les conseils régionaux sont considérés comme des infirmières parcourant le champ de bataille dévasté de la mondialisation néolibérale. Il faut désormais penser au-delà de ces élections et bâtir une coalition sociale majoritaire pour l’élection présidentielle de 2012. Les forces de gauche devront faire leur aggiornamento sur la question de la globalisation financière et du libre-échange notamment. La France demeure, à 60 %, un pays d’ouvriers et d’employés. C’est à eux qu’il s’agit de parler. Si l’on veut être électoralement efficace, il importe de penser en nombre d’inscrits et non de votants. Qu’adviendra-t-il d’une gauche qui gagnerait avec une faible participation  ? Elle serait victime de l’hégémonie culturelle d’une droite qui, dans tout l’Occident, n’a pas désarmé, loin de là. Le moment historique que nous vivons incite la gauche à engager un véritable combat culturel et à retrouver les classes populaires. En aura-t-elle la volonté  ?


Rédigé par Gaël BRUSTIER le Mercredi 24 Mars 2010 à 20:25 | Permalien | Commentaires (0)
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Rédigé par Gaël BRUSTIER le Lundi 8 Mars 2010 à 21:33 | Permalien | Commentaires (1)
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JSL du 6 mars 2010


DANS LE JSL DU 6 MARS...

Rédigé par Gaël BRUSTIER le Lundi 8 Mars 2010 à 21:30 | Permalien | Commentaires (0)
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Samedi matin, je serai chez moi, à Gueugnon, pour une amicale séance de dédicaces...


DEDICACES A GUEUGNON

Rédigé par Gaël BRUSTIER le Mardi 2 Mars 2010 à 20:53 | Permalien | Commentaires (0)
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Emission animée par Philippe ARONDEL portant sur "Recherche le peuple désespérément"


Rédigé par Gaël BRUSTIER le Mardi 23 Février 2010 à 17:20 | Permalien | Commentaires (1)
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DESIRS D'AVENIR SE FAIT L'ECHO DU SEMINAIRE DE LA FONDATION RES PUBLICA ET RECOMMANDE
Colloque : « Que sont devenues les couches populaires? »
13 février 2010 - 10:39
Par l'Equipe de Ségolène Royal.

Comme le déclarait Ségolène Royal, le 29 octobre dernier, la question de «savoir ce qui fait le lien républicain. (...) Où est-ce que nous voulons aller ensemble ? Qu'est-ce qui fait que les Français tiennent debout ensemble ?» est pour nous, pour la France, fondamentale.

Afin d’approfondir notre réflexion sur ce qui mine notre cohésion nationale, sur l’évolution de nos territoires et la manière dont nous nous y inscrivons, il nous a semblé pertinent d’attirer votre attention sur le très intéressant colloque intitulé « Que sont devenues les couches populaires ? », organisé par la Fondation Res Publica, présidée par Jean-Pierre Chevènement, sénateur et ancien ministre.

Retrouvez donc sur le site de la Fondation Res Publica, les interventions de Christophe Guilluy, géographe consultant, coauteur avec Christophe Noyé de « L’atlas des nouvelles fractures sociales en France », celle de Gaël Brustier, coauteur avec Jean-Philippe Huelin de « Recherche le peuple désespérément » sous-titré : « Le peuple, mutation politique, histoire électorale, représentation médiatique et idéologique », aux éditions Bourin et l’intervention de Stéphane Rozès, président de « Conseil, analyse et perspective » (Cap), enseignant à Sciences-Pô et à HEC, auteur de « La nouvelle France » dans un article du Débat de septembre 2007.

Vous pourrez aussi lire la conclusion de Jean-Pierre Chevènement et le débat public qui a suivi.





Dans son intervention « Nouvelle géographie sociale et cohésion nationale », Christophe Guilluy explique comment il a retrouvé la « trace » des couches populaires. Il rappelle notamment que « 85% des pauvres ne vivent pas dans la banlieue » et que « les couches populaires structurent toujours la sociologie française » mais se répartissent différemment sur le territoire. Christophe Guilluy décrit dans son intervention un « séparatisme social » en milieu populaire et un dangereuse fracture.

Gaël Brustier, co-auteur avec Jean-Philippe Huelin de « Recherche le peuple désespérément » (éd. Bourin, 2009) a abordé quant à lui les « mutations politiques, l'histoire électorale et les représentations idéologiques ». Des mutations d'après lui insuffisamment prises en compte et amenant une « désaffiliation massive, en France en tous cas, des ouvriers, des employés, des salariés du privé vis-à-vis du vote de gauche ». Gaël Brustier décrit dans son intervention l'évolution différenciée entre l'espace urbain dense ( villes centres et proches banlieues) et la France périphérique (zones périurbaines et rurales) et ses conséquences politiques.

Nous vous recommendons la lecture « Recherche le peuple désespérément » à propos duquel vous trouverez un article sur le site de Marianne ici et ainsi que plusieurs compte-rendus le blog de Jean-Philippe Huelin, co-auteur du livre.

Dans son intervention Stéphane Rozès explore les origines du paradoxe qui fait que une société française qui a « tendance à voir ses inégalités sociales et spatiales s’accroître » voit dans le même temps « un recentrement idéologique des représentations des Français » autour de « l’idée républicaine, l’idée de citoyenneté et l’idée de nation ». Des origines qui selon Stéphane Rozès sont à trouver dans l'évolution d'un capitalisme manaérial offrant des perspectives d'évolution individuelle notamment à travers la consommation à un capitalisme patrimonial, celui non plus du manager mais celui de l’actionnaire. « C’est le capitalisme patrimonial qui, en retirant le commun d’un avenir meilleur individuellement et collectivement, entraîne le retour à des notions collectives communes défensives comme la nation, la République… ».

En conclusion du colloque, Jean-Pierre Chevènement revient sur sa vision de l'évolution de la gauche, une gauche qui aurait « rendu les armes sans avoir combattu » face au mouvement néolibéral et néoconservateur. Pour sortir la gauche de ce piège, Jean-Pierre Chevènement évoque « la nécessité de reconstruire un opérateur historique qui puisse s’appuyer sur le peuple ». Il imagine pour cela le rôle d'« un homme intelligent qui ne soit pas dupe des grilles de manipulation médiatiques (...) et puisse trouver le concours de forces allant dans une autre direction ».
Un défi que relève jour après jour Ségolène Royal !



Rédigé par Gaël BRUSTIER le Dimanche 14 Février 2010 à 18:25 | Permalien | Commentaires (0)
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Article de Rémy Lefèbvre publié dans Recherche socialiste (février 2010) à propos de "Recherche le peuple désespérément" (Bourin Editeur, 2009) et également diffusé sur le site de Gauche Avenir.


LA GAUCHE A BESOIN DE SE REFAIRE UNE SOCIOLOGIE
La gauche a perdu le sens du peuple. Le divorce avec les catégories populaires n’est pas seulement en cause. Le phénomène est plus profond. La gauche ne « représente » plus la société à tous les sens du terme (incarner, donner une image de, figurer, défendre les intérêts de…). L’essai vif de Gael Brustier et de Jean-Philippe Huelin apporte sa pierre à un thème déjà bien documenté mais avec une perspective renouvelée mettant l’accent sur la nouvelle géographie politique et électorale française.


François Hollande déclarait récemment dans un entretien accordé au journal Le Monde (2 novembre 2009) à l’occasion de la sortie de son « Droit d’inventaires » : « Nous avons été les premiers à observer la fragmentation du monde du travail, à pointer l’individualisation des comportements, les crispations sur les rapports à l’autre. Nous avons bien vu que la lutte des classes s’effaçait derrière la lutte contre le déclassement social et que l’ennemi n’était, hélas, plus celui d’en haut mais celui d’à côté, voire d’en bas ». La disparition des classes est renvoyée dans ce discours ainsi aux seules évolutions de la société sans que la contribution de la gauche (qui a largement abandonné toute lecture classiste de la société et a souvent avalisé la rhétorique de dénonciation de « l’assistanat ») ne soit prise en compte. Cette analyse de l’ex-premier secrétaire du PS ne saurait mieux illustrer le propos de Gael Brustier et de Jean-Philippe Huelin. Les classes sociales ne sont pas seulement des réalités objectives mais des appartenances subjectives et des constructions politiques auxquelles les partis politiques contribuent à donner forme. En abandonnant la notion de classe ou ne cherchant pas à en renouveler l’approche (en prenant en compte le processus d’individualisation de la société), la gauche a déconflictualisé sa vision de la société. Au final, on ne sait plus bien qui elle représente alors même que la lutte des classes s'est d’un certain point de vue radicalisée avec l’explosion des inégalités. Le sens du collectif dans la société française n'est à l’évidence plus le même mais c’est aux partis de gauche de contribuer à lui donner une nouvelle intelligibilité en partant des nouvelles formes prises par les inégalités.

C’est une société française "multi-fracturée" qu’analysent les auteurs dans un plaidoyer pour un retour à la sociologie… et à la géographie, la spatialisation des inégalités constituant aujourd’hui un mode de lecture renouvelée de la société. On ne peut que souscrire au postulat que "seule une compréhension acérée de la société autorise une amélioration des politiques publiques et un projet politique porteur d'avenir" et à la nécessité de "retisser un lien entre discours savant et discours militant". Le poids des catégories populaires, rappellent les auteurs, n’a guère diminué depuis trente ans (60 % des la population si on agrège employés et ouvriers). On dénombre 8 millions d'employés dont la condition sociale a eu tendance à se rapprocher de celle des ouvriers (prolétariat des services, nouveau précariat…). Les ouvriers étaient 7 millions en 1982, ils sont encore 6 millions en 1999. L’impression trompeuse d’une « disparition » ou d’une évaporation provient des transformations internes du groupe (la classe ouvrière se disperse et s’atomise dans des univers professionnels moins hiérarchiques et moins structurés). Ce qui caractérise ces groupes c’est bien un certain nombre d’inégalités : la France détient par exemple le record européen d'inégalité masculine devant le cancer avant 65 ans, un ouvrier a quatre fois plus de risques de mourir de cette maladie entre 45 et 54 ans qu'un cadre supérieur. La notion de "classe moyenne", catégorie aux contours de plus en plus flous qui opacifie la lecture de la société, est de plus en plus mobilisée par les individus pour se situer socialement. Elle sert "d'illusion pour un peuple qui a honte de son état ou de déguisement pour certains membres des classes supérieures qui refusent de s'assumer comme tel". La peur du déclassement (ou le déclassement réel ? ) remet en cause le pacte républicain. Dans la France des années 2000 et à l'âge de 40 ans, un fils de cadre supérieur sur quatre et une fille sur trois sont employés ou exercent des emplois ouvriers (soit deux fois plus qu'il y a vingt ans selon le sociologue Camille Peugny). La solidarité générationnelle joue un rôle d'amortisseur social de plus en plus important.

La victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 s’est largement appuyée, on le sait, sur ces évolutions. Les catégories populaires, malgré un progrès par rapport à 2002, font toujours défection à gauche. Le phénomène est structurel : parmi les générations nées après 1970, l'alignement du vote des classes populaires sur la gauche est nettement moindre que pour les générations nées dans les années 40. 26 % des ouvriers ont voté pour Sarkozy au premier tour (25% pour Royal)(CEVIPOF). Les employés ont voté à 24% pour Royal contre 32% pour Sarkozy. 52% des ouvriers ont voté pour le candidat de l’UMP au deuxième tour et 55% des employés (54% des salariés du privé, 48% du public). Nicolas Sarkozy réalise des scores historiques dans des villes de forte tradition ouvrière (Forbach, 56%, 51,5% à Montbéliard…) alors que la gauche atteint ses sommets dans les centres villes plutôt bourgeois (ce que les municipales de 2008 viendront confirmer…). C’est donc à une sociologie politique et électorale renversée que la gauche est confrontée.

Les auteurs sont un peu courts sur la question controversée de la « droitisation »des catégories populaires qui se manifeste dans toutes les démocraties occidentales et explique, pour partie, le déclin électoral de la social-démocratie. La question du rapport des catégories populaires au libéralisme culturel, négligée par les auteurs, mérite d’être posée (elle est relancée par la stratégie de réactivation du débat sur l’identité nationale par Nicolas Sarkozy). La position à l’égard du libéralisme culturel est de plus en plus discriminante dans la construction du clivage gauche droite, notamment chez les catégories populaires (ce qui est à mettre en rapport avec le fait que la possession d’un diplôme est de plus en plus prédictive d’un vote à gauche)[1]. « Pourquoi les pauvres votent-ils à droite » [2]? Parce que la droite, française comme américaine, a su habilement détourner leur aspiration à plus de protection et d’ordre sur le terrain des valeurs. L’insécurité économique provoquée par le nouveau capitalisme a conduit une partie du prolétariat et des classes moyennes à rechercher la sécurité ailleurs, dans un univers ‘moral’ (réhabilitation de la valeur « travail »). L’aspiration à l’ordre s’accroît au rythme de la déstabilisation provoquée par le libéralisme économique.

Il faut, selon les auteurs, dans l’analyse de la société réintégrer l'espace comme élément fondamentalement social et politique. Les fractures sociales sont de plus en plus spatiales. La nouvelle géographie électorale française est une « machine à figer les parcours sociaux ». Avec les phénomènes de gentrification, la ville qui offre un cadre épanouissant à l’individualisme contemporain ( le nouveau « Narcisse ») n'intégre plus les catégories populaires mais les disqualifie ( les auteurs négligent les travaux d’Edmond Préteceille sur la mixité sociale qui conteste fortement les thèses d’Eric Maurin sur le « séparatisme social »). A Paris, les chiffres sont éloquents : les ouvriers et les employés qui représentaient 65% de la population en 1954 ne pèsent plus que 35% en 2000.

Les auteurs jettent un regard passionnant sur un enjeu social et politique essentiel : la question du péri-urbain. La flambée des prix de l’immobilier a rejeté les classes moyennes de plus en plus loin des centres villes. La France pavillonnaire est une des conséquences de l’étalement urbain. Chez ces classes moyennes, accédant à la propriété, menacées de déclassement, lourdement endettées, qui passent beaucoup de temps sur les routes, qui aspirent parfois à l’entre soi social, la tentation de la droite est forte. Elle s’est manifestée lors des dernières présidentielles. Mais elle n’est pas une fatalité. La gauche qui doit « penser l’individualisme populaire » qu’expriment les péri-urbains doit apprendre à parler à ces nouveaux groupes et faire sortir de l’invisibilité médiatique le monde péri-urbain. Elle doit aussi prendre en compte les transformations du monde rural (nouvelle population, déclin du « capital d’autochtonie »...). Les ouvriers vivent autant aujourd’hui en ville qu’à la campagne.

Se dessine ainsi géographiquement et socialement une large coalition majoritaire pour la gauche. Elle pourrait rassembler catégories populaires, classes moyennes dans la peur du déclassement, nouvelles classes intellectuelles précarisées… Mais cette coalition n’est que potentielle. Elle suppose un immense travail politique de solidarisation et d’unification symbolique très complexe à développer (l’ouvrage est un peu décevant sur les propositions et les pistes de constitution de cette nouvelle alliance). Un fossé « culturel » s’est en effet creusé entre le monde intellectuel de gauche (« ses élites » au sens large qui cultivent souvent un certain racisme social voire ce que les auteurs nomment « prolophobie ») et l’électorat populaire. Coupure symbolique sur lequel joue la droite avec son anti-intellectualisme : la gauche « embourgeoisée et hautaine » a trahi « les ouvriers » déclarait Sarkozy pendant la dernière campagne présidentielle. Il n’est qu’à observer la droitisation du monde enseignant (relative mais réelle) pour prendre la mesure de ce fossé. Les enseignants aujourd’hui, naguère courroie de transmission du PS chez les catégories populaires dont ils étaient souvent issus, se sont à la fois embourgeoisés (de par leur origine sociale) et se vivent sur le mode du déclassement (réel pour le coup). Une enquête en cours menée au CERAPS (Lille 2) montre qu’ils sont beaucoup moins en empathie avec les catégories populaires qui constituent souvent leur « public » voire méprisants à leur égard (voir la multiplication des ouvrages-témoignages d’enseignants confrontés à des publics populaires et souvent d’une grande condescendance sociale à leur égard[3]).

La droite propose de nouvelles synthèses et convergences sociologiques dans toute l’Europe (Pays scandinaves, Italie, Allemagne, France…), parvenant à faire tenir dans un même vote le vote de classes des plus nantis avec une partie de celui des catégories populaires. La gauche peine à dégager les contours d’une coalition sociale majoritaire qui soit le produit d’une analyse commune de la société. La peur du déclassement pour soi provoque aujourd’hui l’évitement des autres, surtout lorsqu’ils appartiennent à la catégorie sociale immédiatement supérieure (François Hollande voit juste sur ce point). Face à une droite qui cherche à diviser le salariat, à monter les catégories les unes contre les autres, la gauche doit promouvoir de nouveaux intérêts collectifs et construire de nouveaux compromis redistributifs entre catégories sociales. A force de ne pas parler que d’une société marquée par l’individualisme et d’abandonner tout discours sur les classes sociales, le PS accrédite l’idée que « la société n’existe pas » (pour reprendre une expression de Margaret Thatcher) et que chacun est renvoyé à sa responsabilité individuelle. Certes un processus d’individualisation de la société est bien à l’œuvre qui se manifeste notamment par le déclin de la conscience de classe mais il se produit, paradoxalement, dans un contexte d’exacerbation des inégalités sociales. La dimension subjective et identitaire de la classe fait aujourd’hui largement défaut. Mais la gauche a largement contribué à ce processus (comme la sociologie d’ailleurs…) en disqualifiant la notion de classe et en se révélant incapable de produire un discours à la fois conflictuel et unificateur. Il y a bien un déficit de travail politique visant à faire tenir ensemble les destins individuels, en particulier ceux des dominés économiques, objectivement semblables (précarité, exposition au risque, désaffiliation…) mais subjectivement enfermés dans une vision individualisée de leur destin. L’individualisation est aussi lui-même un phénomène de classe, repérable au style de vie des classes moyennes supérieures. Si l’idée et l’existence d’un « peuple de gauche » sont devenues incertaines, c’est que la gauche elle-même, dans un contexte il est vrai défavorable et déstructurant, en a dévalué la force historique.

Un des principaux chantiers intellectuels de la gauche est donc sociologique. Elle doit penser de nouvelles alliances de classes et repenser d’abord la question des classes sociales en prenant en compte les nouvelles formes de domination et les transformations des catégories populaires. La solution ne saurait être le retour à l’ouvriérisme. Comme Ernesto Laclau l’a démontré, dans les sociétés démocratiques capitalistes « complexes », la gauche ne peut plus représenter une « seule » classe, doit construire des « chaînes d’équivalences », structurer des alliances autour de mots d’ordre susceptibles d’unifier des demandes sociales hétérogènes. Face à une société objectivement fragmentée, atomisée, émiettée, la gauche doit remettre de la lisibilité au social, « représenter » la société (au sens de « donner une image de »), donner sens à l’augmentation des inégalités, « reconstruire » un peuple de gauche, refonder sa sociologie, ce qui impose de la reconflictualiser.

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[1] 61% des non diplômés ont voté à droite au second tour de la présidentielle, 56% des diplômés de l’enseignement supérieur ont voté à gauche.

[2] Titre d’un ouvrage du journaliste américain Thomas Frank (Contre-Feux, Agone, 2008) qui tente de comprendre comment et pourquoi les républicains ont séduit les catégories populaires dans le Kansas.

[3] Pour un exemple récent proprement édifiant, voir Christophe Etemadzadeh, Les chaises vides, Denoel, 2009.

Rédigé par Gaël BRUSTIER le Jeudi 11 Février 2010 à 20:51 | Permalien | Commentaires (0)
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